21 décembre 1844

« 21 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 175-176], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6134, page consultée le 06 mai 2026.

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Bonjour mon cher petit bien-aimé ! Bonjour, comment vas-tu ce matin mon amour ? Ta tête te fait-elle moins de mal que cette nuit ? Ta courbature est-elle passée ? Je voudrais savoir tout cela et puis t’embrasser de toutes mes forces. Pauvre ange bien-aimé, je crains que tu n’aies fait l’imprudence de veiller encore après m’avoir quittée ainsi que tu m’en avais menacée en t’en allant. Si tu l’as faite, cette imprudence, et qu’elle ne t’ait pas rendu plus souffrant je te pardonne. Mais si c’est le contraire… hélas ! Je te pardonne encore en te suppliant de te laisser soigner par moi.
Ce soir tu trouveras un bouillon froid, de la viande froide et des épinards au sucre dans le cas où tu voudrais souper. Je voudrais que tu n’aies pas besoin de rester toute la soirée auprès de ton beau-père car je suis sûre que cettea atmosphère de malade ne te convient pas1. Tu es habitué à tant d’air et à tant d’exercice que ces longues soirées enfermées ne peuvent que te faire beaucoup de mal. Cependant je sens bien que tu dois tous tes soins à cet excellent vieillard. Aussi je ne te conseille de ne le quitter plus tôt que s’il va mieux et que si son fils Victor2 est auprès de lui. Quelle queb soit ma sympathie pour ce pauvre malade je ne peux pas oublier que tu es ma vie et tout ce que j’ai de plus cher au monde. Tâche, mon bien-aimé, d’arranger le soin de ta santé avec ce que tu dois à cet excellent homme si ce n’est pas pour toi pour tous ceux qui t’aimentc et dont tu es la joie et pour moi dont tu es le bonheur et la vie. Pense à moi, mon bien-aimé, aime-moi et soigne-toi. J’ai du courage je t’attends avec résignation et je t’aime de toute mon âme mon Victor chéri.

Juliette


Notes

1 Depuis des jours, Victor Hugo assure le rôle de garde-malade auprès de son beau-père.

2 Victor Foucher, beau-frère de Victor Hugo, est le fils aîné de Pierre Foucher.

Notes manuscriptologiques

a « cet ».

b « quelque ».

c « t’aime ».


« 21 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 177-178], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6134, page consultée le 06 mai 2026.

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Je t’écris joliment tard mon petit bien-aimé. Tu sais pourquoi ? La mère Lanvin est partie à dix heures passées. J’ai fait mes comptes, découvert mon lit et me voilà tout à toi. La ridicule habitude que tu as prise de me dire chaque fois que tu me quittes : à tout à l’heure Juju. Je vais revenir tout de suite fait que je n’y crois plus et que lorsque tu me le dis sérieusement je n’en tiens pas compte. Cela m’a contrariée horriblement ce soir parce que tu n’as pas eu ton bouillon froid et que tu en avais besoin. Rien n’aurait été plus facile pourtant si j’avais cru un seul instant que tu reviendrais. Enfin cela t’apprendra une autre foisa à moins abuser de tes promesses et à moi à me tenir sur mes gardes.
Cher petit bien-aimé adoré, je t’attends avec mon bifteckb d’une main, mon bouillon, NON POINTU, mais parfaitement gelé et mes épinards doucereux de l’autre. Tu serais bien gentil de venir me délivrer de cette position de bas de buffet et j’en profiterais pour te voir une heure plus tôt. Dépêchez-vous mon Toto chéri, je vous attends. J’espère que tu n’es pas malade mon Toto chéri. Tu ne me le cacherais pas n’est-ce pas cher amour ? Je veux tout savoir et surtout je veux te soigner si tu souffres. Je t’attends avec impatience pour te dorloterc si tu en as besoin et pour t’aimer de toutes mes forces dans tous les cas. Baise-moi mon Toto chéri et aime-moi. Je t’aime tant, moi, que tu ne pourras jamais me rendre tout ce que je t’ai donnéd.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « autrefois ».

b « biffesteack ».

c « dorlotter ».

d « donnés ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.